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Lycée Jean Rostand

Trésors cachés : page précédente

 

Les Trésors cachés !Des collègues vous parlent ici de leur passion !

Dans un Lycée comme le nôtre, il n'est pas rare, au fil d'une discussion ou devant un café, d'être impressionné par le hobby d’un collègue ! Cette section est pour eux !

Avec le temps, je trouve que mes collègues et mes élèves cachent de véritables talents, des trésors d'humanisme !


 

Le témoignage d'une vie ...

Lorsque Mme Jung, professeur d'anglais lit son discours de départ en retraite, elle nous laisse "pantois !"

 

Dans un groupe auquel j’appartiens, des personnes d’âge mûr écrivent et se lisent de petites histoires. Celles-ci se doivent de respecter 2 règles : 1) présenter un lien avec le thème, à savoir cette année BONHEUR(s)/MALHEUR(s) et 2) être autobiographiques.
Récemment, j’ai eu une idée pour notre prochaine réunion. J’aimerais décrire un épisode vécu lors des tests oraux de 2de il y a un mois environ. Evidemment, c’est souvent un malheur pour les élèves de devoir parler pendant un temps déterminé sur un dessin ou une caricature qu’ils viennent de découvrir. Mais c’est également une épreuve pour nous de les voir arriver si inquiets de ce qui les attend.  Je pense que vous les connaissez aussi. Voici Mademoiselle « full metal mouth », la bouche se pleine d’appareil dentaire qu’elle a du mal à articuler un mot. Ou bien Monsieur « visage de calculette », rongé par l’acné juvénile, préférant clairement être n’importe où en ce moment sauf là en face de moi à devoir parler… anglais.
Les crâneurs, les timides, les pathologiquement timides, les silencieux et les bavards défilent. Quiconque n’a pas oublié les affres de l’adolescence a mal pour eux. Je me souviens d’un jeune homme en particulier. Voici le profil :

Langue maternelle : turc
Rapports avec celle-ci : familiaux, équivoques, scindés de la vie scolaire

Langue usuelle :  français
Rapports avec celle-ci : passionnés, méfiants, équivoques, empreints d’espoir

Langue vivante étrangère 1 : anglais
Rapports avec celle-ci : lointains, craintifs, méfiants, non dénués d’espoir

Rapidement, nous comprîmes tous deux qu’il n’obtiendrait pas une bonne note car l’étendue de ses difficultés était très grande. Le désespoir allait croissant de part et d’autre lorsque je lui ai pose la question suivante :

Sa réponse a fusé.

Voyant son intérêt pour la question, j’ai poursuivi,

Puis moi, prise au jeu : - Is he better than Maradona ? Maradona was a genius.

Puis, n’y tenant plus, il a commencé à s’en expliquer en français. Je n’ai pas cherché à freiner son élan, tant celui-ci était grand et aussi parce que j’avais sincèrement envie de savoir à quoi il faisait allusion.
-Oui, il était grand c’est vrai , Maradona était génial mais les autres autour de lui, vous comprenez ils étaient faibles. C’était facile de briller, vous comprenez Madame? Je hoche la tête, vrillée par son regard et intimidée à mon tour par son intensité.
Mais Messi lui il est fort alors que tous les autres sont forts aussi. Il est fort parmi les forts, c’est le plus fort. J’espère que vous comprenez Madame.
J’ai dit :  Oui.
Le bonheur, me suis-je dit, c’est qu’il vient de s’exprimer assez brillamment dans ce qui est au fond sa véritable LV1 , Le malheur, c’st que je peux difficilement en tenir compte dans le cadre d’un test d’anglais. Se doutait-il ce garçon qu’en parlant de Messi il parlait de lui-même, sommé d’être à la hauteur, de relever chaque jour un défi redoutable ?
J’ai eu envie de traiter ce thème parce que je sais d’expérience que les premiers temps de la vie en LVE peuvent être terribles. Comme je comprends Eva Joly quand elle raconte comment, alors qu’elle était jeune fille au pair à Paris au milieu des années 60, fraîchement débarquée de sa Norvège natale, elle passait les petits salés à l’apéritif quand sa famille d’accueil recevait du beau monde, en articulant soigneusement, « Puis-je vous proposer des saletés ? ». Ou bien cet étudiant américain à qui on avait expliqué qu’il ne fallait jamais choisir une place à table même si l’hôtesse avait invité les convives à s’asseoir. Alors, de cette voix compassée dont on lui avait dit qu’elle était toujours du meilleur effet, il s’est tourné vers celle-ci et a dit «  Dites-moi, chère Madame, où me fous-je ? ».Honte et humiliation ! Moi-même n’ai-je pas vouvoyé les chiens et tutoyé leurs maîtres auxquels je venais d’être présentée ? Mais quelle idée aussi de conserver « tu » et « vous » alors que « you «  est tellement démocratique.
Je m’en vais donc travailler mon texte. Mais auparavant j’aimerais vous remercier tous- agents du lycée, membres de l’administration, collègues enseignants pour votre gentillesse, cette civilité au quotidien si précieuse dans toute société, pour le soutien que j’ai reçu à des moments où j’en avais vraiment besoin, et par-dessus tout, pour cette bonne humeur si étonnamment constante dans l’exercice de nos métiers faits de déceptions et de joies.

 

Au nom de tous, bravo et merci, madame Jung, et... bonne retraite.

 

 


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